De la censure aux armes massivement liberticides en Tunisie

Par Astrubal et Sami Ben Gharbia
mis en ligne le dimanche 22 janvier 2006



L’un des ennemis de l’internet, Ben Ali,
décorant le président de l’Organisation mondiale de l’Internet,
M. Vinton Gray Cerf Octobre 2003

C’est sur le site de Cisco Systems [

Si dans les pays dits libres, ce type de logiciel n’est utilisé que sur une décision judiciaire et dans le cadre d’une enquête non moins judiciaire, ce n’est pas le cas dans des pays autoritaires comme la Tunisie. Dans ce pays, la censure du Net et l’interception des communications se font d’une manière généralisée, en dehors d’un quelconque encadrement légal.

Et s’agissant de l’Internet plus précisément, le vrai problème, faut-il le souligner avec force, c’est le crime de la censure sauvage des sites Internet en dehors du cadre légal. Et ce ne sont pas les textes juridiques qui manquent, puisque les dispositions de la législation tunisienne relatives, d’une part, à la liberté d’opinion et d’expression garantissent l’existence de tels sites et, d’autre part, l’éventualité de la censure des moyens d’expression doit (devrait) être soumise à la procédure judiciaire prévue par le code de la presse.

Par conséquent, il s’agit surtout de ce comportement sauvage qui consiste à gérer l’environnement médiatique tunisien en faisant fi de toutes les procédures légales. Dans un Etat de droit tel que décrit par Ben Ali (دولة القانون و المؤسسات), jamais il ne saurait être envisagé que cette censure puisse s’exercer sans que l’on sache qui fait quoi et en vertu de quelle disposition juridique. Et pour que cela soit encore plus clair, ce qui est insoutenable et bien plus grave encore que la censure en soi, c’est que personne à l’heure actuelle ne peut désigner avec exactitude quelle est la personne ou l’autorité qui « appuie sur le bouton » pour décapiter un site Internet sur le territoire national. [


Les compagnies concernées, qui font du business au détriment des libertés publiques, donnant à la police tunisienne les moyens de filtrer Internet, d’intercepter nos communications, de les reconstituer et de savoir qui consulte quoi, ne prennent aucune mesure pour éviter que leur technologie ne serve à bafouer les droits humains les plus élémentaires. Ainsi, le responsable de la communication de Secure Computing, David Burt, non seulement reconnaît, après tergiversation [

Ce faisant, on prive tout un pays de l’accès à l’information nécessaire à son développement humain.

Si l’on ne peut pas condamner Mercedes ou Fiat pour la fourniture des camionnettes utilisées par la police tunisienne notamment pour ses raffles, (car ce même type de véhicules est également utilisé à bon escient par des citoyens) on ne peut que condamner les fournisseurs de logiciels qui facilitent le filtrage d’Internet en incluant des algorithmes pour bloquer les contenus politique, les forums d’opinion et les sites des ONG. Et ceci est d’autant plus condamnable, lorsque l’on réalise que le développement et l’usage de ces algorithmes ne peut se faire sans la transgression des conventions internationales relatives à la libre circulation de l’information, ni sans la violation du droit interne qui garantit le libre accès à cette même information.

En attendant le projet de loi destiné à « l’organisation de la presse électronique » [Tunisie, le scandale de la 403 maquillée en 404“, voir également la vidéo enregistrée à Tunis lors du SMSI (Thomas Bekkers)) qui se substitue à la page censurée pour dissimuler le crime de la censure ; et dans l’attente de mettre, un jour ou l’autre, devant leurs responsabilités ceux qui gèrent le paysage médiatique tunisien d’une façon patrimoniale, à l’image du fermier qui décide vers où ces bœufs, objet de son patrimoine, doivent chercher la lumière, l’on ne peut qu’inviter tous les internautes à dénoncer ces faiseurs d’algorithmes (Cisco, Nice System, Secure Computing etc.) qui permettent de violer nos libertés et nos droits, pourtant garantis par de nombreuses législations. C’est bien de vouloir, dans les temps qui courent, demander à l’Iran de respecter ses engagements internationaux en matière de non prolifération des armes de destruction massive, mais il ne faut surtout pas se demander pourquoi la rue arabe n’éprouve plus de sympathie à l’égard des gouvernements occidentaux, dont les entreprises exportent des armes toutes aussi redoutables pour bâillonner les peuples. Des armes (les algorithmes de censure) violant les conventions internationales garantissant la liberté d’expression.

Nous invitons les sites et blogs tunisiens, au moins ceux qui sont censurés en Tunisie, à affichez la bannière de la censure sur leur page en utilisant le code suivant :

<embed src="http://www.nawaat.org/docs/media/censure2.swf" quality="high"      width="468" height="60" type="application/x-shockwave-flash"      pluginspage="http://www.macromedia.com/go/getflashplayer"></embed>


[1] Voir : Les partenaires de Cisco Systems représentés en Tunisie.

[2] RSF : Internet sous surveillance

[3] Hormis le fait d’imputer, à raison, la responsabilité de tels faits au premier responsable de l’administration tunisienne, c’est-à-dire le président de la République.

[4] RSF : Internet sous surveillance. Les Etats-Unis.

[5] Ibid

[6] The OpenNet Initiative : Internet Filtering in Tunisia in 2005

[7] Ibid- C. New Global List Results

[8] Yishay Mor, And I almost stopped blogging

[9] Ibid « We do sell SmartFilter to an ISP in Tunisia. They use it to block pornography sites. »

[10] Lire : Le ministère de la Vérité.

[11] La Presse, Tuni 21 Décembre 2005. Adoption de projet de loi organique portant amendement du code de la presse.

[12] Ecoutez un extrait audio d’un témoignage sur Radio Vatican le 15 novembre 2005 : En Tunisie la répression, toujours à l’ordre du jour. Pour écouter la totalité de l’interview cliquez ICI.

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One Trackback

  1. [...] En effet, pour neutraliser un proxy, il suffit de le rajouter à la liste des sites censurés selon la même procédure pour bloquer n’importe quel site. Ceci explique la course permanente entre censeurs et internautes. Les uns sont dans une quête perpétuelle de nouveaux proxies non encore décapités et, les seconds, engagés dans une chasse permanente à ces nouveaux proxies. [...]

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