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Astrubal’s Blog

Une voix parmi tant d’autres

Tunisie : Interview télévisée de Habib Bourguiba (1967). Un document symptomatique de l’homme et de son régime


Habib Bourguiba, 1967 (16mn)

 

Bien qu’il y’ait de nombreux commentaires à émettre sur les propos de Bourguiba, je m’abstiendrai en ne relevant, à chaud, que deux éléments :

1- D’une part, il est très choquant pour le républicain que je suis, d’entendre Bourguiba parler du peuple tunisien qu’il a « dressé à la politique internationale ». Il n’est pas du ressort du président de la République – aussi jeune soit-elle- de dresser le peuple. C’est au président de la République, en tant que chef de l’exécutif, de s’assurer que les choix souverains de la nation soient respectés.

D’autre part, curieux propos de Bourguiba qui parle de ses pairs arabes, lesquels accèdent au pouvoir par le biais des «putshs» et autres coups d’Etat. Bourguiba semble totalement amnésique quant aux conditions qui firent de lui le président de la République tunisienne. Il n’a, en effet, jamais voulu admettre son coup d’Etat et encore moins à le justifier.

Les « putschistes » et à leur tête Bourguiba n’utilisèrent pas l’argument de l’instauration d’un nouvel ordre de légalité pour justifier leur « coup » mais, des arguments fondés sur une nouvelle interprétation du droit. Le premier président de la République, soucieux probablement de son image d’homme d’État légaliste, expliqua, très maladroitement d’ailleurs, que l’abolition de la monarchie s’est effectuée non pas en vertu d’une nouvelle légalité mais dans la continuité du droit en vigueur, puisque l’abolition du beylicat -avait il affirmé en d’autres circonstances-, a eu lieu «dans le cadre de la loi […] et conformément au droit en vertu duquel l’Assemblée constituante a été élue» (1). Or, ceci est totalement faux, puisque l’Assemblée constituante élue sur la base du décret beylical du 29 décembre 1955 ne détenait pas le pouvoir constituant originaire. Elle détenait un mandat dont l’objet était strictement limité à l’élaboration d’une Constitution monarchique. Et c’est, uniquement, en vue de cet objectif qu’elle reçut son mandat du peuple. Ainsi, en ne détenant qu’un pouvoir constituant dérivé, le fait d’abolir -par l’Assemblée constituante- l’ordre beylical, incarne sans la moindre ambiguïté un authentique coup d’Etat. Qu’ultérieurement, ce coup d’Etat ait pu être qualifié de légitime -ce qui est largement admis- ne disqualifie en rien sa nature illégale au regard du régime aboli (2).


(1) - Extrait du discours du 25 juillet 1957 ( en arabe ) ; extrait cité par :
Abdelfattah AMOR : «Al-Majliss-el-qawmî al-ta’sîsi 1956-1959 » ( L’Assemblée nationale constituante ), page 32, In El Majles el qaoumii ettaasissi . Actes du coll. du 29-31 mai 1984, Tunis, C. E. R. P, Faculté de droit et de Science Économique , 1986, p. 21 à 32.

(2) Cf. Astrubal : « La Constitution tunisienne, charte d’un régime républicain à l’agonie » sur Nawaat.org :

http://www.nawaat.org/portail/article.php3?id_article=479

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May 3rd, 2006 Posted by astrubal | Permalink | Tout le blog, Tunisie | 2 comments

2 Comments »

  1. Bonjour,
    je suis tunisien , j’aime avoir cet enregistrement
    Est ce possible?
    Merci

    Comment by dallal seif | April 7, 2008

  2. Bonjour Seïf,

    Oui bien sûr … Il suffit juste d’aller sur ce lien :
    http://video.google.com/videoplay?docid=-5639814676436905600
    et de cliquer sur le bouton “Download” à droite (entouré en jaune sur l’image ci-dessous).

    Cordialement
    Astrubal

    Comment by astrubal | April 7, 2008

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