Astrubal’s Blog

Une voix parmi tant d’autres

Tunisie : quelques Observations relatives aux résultats des élections au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU

À l’issue de l’élection de la Tunisie au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU et face à l’extraordinaire machine de désinformation de la dictature, il n’est pas inutile de faire ces quelques observations.

Si effectivement la majorité requise pour être élu au Conseil des droits de l’Homme est de 96 voix, cela ne veut pas nécessairement dire que le pays qui atteint ou dépasse les 96 voix se trouve automatiquement élu.

En effet, des pays comme le Portugal (ayant obtenu 122 voix), la Grèce (117), la Thailande (120), le Nicaragua (119) et le Liban (112) n’ont pas été élus. Pour le cas du Portugal, celui-ci a obtenu le suffrage de près des 2/3 des membres de la communauté internationale. Idem pour la Grèce qui avoisine ce même taux !

Ces pays, malgré leurs scores très honorables, n’ont pas été élus, car ils appartiennent à des groupes où la concurrence existait avec un nombre de candidatures qui dépassait le nombre des sièges à pourvoir.

Pour le cas de la Tunisie, celle-ci fait partie du groupe Afrique, pour lequel en définitive, il n’y avait que 13 candidats pour 13 sièges à pourvoir. Certaines dépêches avaient parlé d’une 14e candidature, celle du Kenya. Le décompte final des résultats mentionne pourtant 13 candidatures. Le Kenya s’est-il retiré juste au dernier moment ? Je ne sais pas, c’est à voir …

Toujours est-il que, sur les 13 candidats du groupe Afrique, tous, manifestement, se devaient d’être élus par défaut. La seule incertitude qui demeurait, c’était celle du décompte des voix. Or, ce décompte effectué, il positionne la Tunisie parmi les trois derniers de la liste :


- Ghana : 183 voix ;

- Zambie : 182 voix ;

- Sénégal : 181 voix ;

- Afrique du Sud : 179 voix ;

- Mali : 178 voix ;

- Maurice : 178 voix ;

- Maroc : 178 voix ;

- Gabon : 175 voix ;

- Djibouti : 172 voix ;

- Cameroun : 171 voix ;

- Tunisie : 171 voix ;

- Nigeria : 169 voix ;

- Algérie : 168 voix ;

A noter également, que certains pays Africains qui n’étaient apparemment pas candidats tels l’Égypte, Madagascar et la Tanzanie ont obtenu chacun une voix … (ont-ils voté pour eux-mêmes ou sont-ce des votes pour narguer l’esprit de ces élections !)

Voilà comment la Tunisie élue par défaut, dans un groupe où il n’y avait pas de concurrence, et quand bien même comptant parmi les pays (de son groupe) ayant obtenu le moins de voix, devient une occasion rêvée pour la propagande officielle qui fanfaronne et clame sur tous les toits « Brillant succès », « majorité écrasante » etc.

Et, Sans doute, il y aura bien quelqu’un qui va oser crier encore plus que les autres, pour expliquer que du fait que la Tunisie ait obtenu plus de voix que le Portugal ou la Grèce, cela incarne indiscutablement un hommage de la communauté internationale rendu à la Tunisie, dont le régime de son « guide éclairé » est autrement plus estimable que celui de ces pays.

Du reste, ce matin, ceux qui ont consulté les médias, n’ont-ils pas eu un avant-goût en ce sens dans les messages de félicitation adressés à Ben Ali… du style :

« Les signataires de ces messages font part, au Chef de l’Etat, de leur fierté pour ce brillant succès réalisé, au niveau international, par la Tunisie, en obtenant une forte majorité de voix à cette élection. Il s’agit d’une reconnaissance du bien fondé de la politique du Chef de l’Etat et de la clairvoyance de sa vision des droits de l’Homme, ainsi que de ses efforts inlassables pour les enrichir, en consacrant la complémentarité entre leurs dimensions politiques, économiques, sociales et culturelles, indiquent les signataires.

La Tunisie est digne de cet hommage rendu par la communauté internationale pour l’intérêt majeur accordé aux droits de l’Homme par le Chef de l’Etat qui en a fait une constante au niveau des orientations, des programmes et dans la pratique quotidienne et le vécu des Tunisiens, ce qui a permis de consolider les libertés et d’enraciner les valeurs de tolérance, de solidarité et d’entraide. » (Cf. cette dépêche )

Aux auteurs de ces messages, il ne faudrait surtout pas leur dire que beaucoup parmi ceux qui désirent “avoir la peau” de l’ONU, avant même d’exposer les résultats de ces élections, nous présentent la liste honteuse des pays élus… pourtant connus pour leurs graves violations des droits humains.

Voici le récapitulatif des résultats des élections au Conseil des droits de l’Homme (à voir aussi les vidéos de L’ONU plus bas).

Source : crin.org

First Members of the Human Rights Council: Human Rights Council Election Results (47 seats, 96 votes required)
Candidates: 64 total
Final Result
1st Ballot Votes: 191 Member States voting
2nd Ballot: Restricted to 6 counties with highest results in last ballot, 189 Member States voting
3rd Ballot: Restricted to 2 countries with highest results in last ballot, 189 Member States voting
Term length (years)
African States: 13 Seats; 13 candidates
1. Ghana
Elected
183
2
2. Zambia
Elected
182
2
3. Senegal
Elected
181
3
4. South Africa
Elected
179
1
5. Mali
Elected
178
2
6. Mauritius
Elected
178
3
7. Morocco
Elected
178
1
8. Gabon
Elected
175
2
9. Djibouti
Elected
172
3
10. Cameroon
Elected
171
3
11. Tunisia
Elected
171
1
12. Nigeria
Elected
169
3
13. Algeria
Elected
168
1
Asian States: 13 Seats; 18 candidates
1. India
Elected
173
1
2. Indonesia
Elected
165
1
3. Bangladesh
Elected
160
3
4. Japan
Elected
158
1
5. Malaysia
Elected
158
3
6. Pakistan
Elected
149
2
7. Republic of Korea
Elected
148
2
8. China
Elected
146
3
9. Jordan
Elected
137
3
10. Philippines
Elected
136
1
11. Bahrain
Elected
134
1
12. Saudi Arabia
Elected
126
3
13. Sri Lanka
Elected
123
2
14. Thailand
Not elected
120
15. Lebanon
Not elected
112
16. Kyrgyzstan
Not elected
58
17. Iran
Not elected
58
18. Iraq
Not elected
52
Eastern European States: 6 Seats; 13 candidates
1. Russia
Elected
137
3
2. Poland
Elected
108
1
3. Czech Republic
Elected
105
1
4. Azerbaijan
Elected
95
103
3
5. Lithuania
Not elected
92
86
6. Slovenia
Not elected
91
88
80
7. Ukraine
Elected
91
109
2
8. Romania
Elected
89
95
98
2
9. Hungary
Not elected
79
48
10. Armenia
Not elected
70
11. Latvia
Not elected
50
12. Georgia
Not elected
35
13. Albania
Not elected
31
Latin American and Caribbean States: 8 Seats; 10 candidates
1. Brazil
Elected
165
2
2. Argentina
Elected
158
1
3. Mexico
Elected
154
3
4. Peru
Elected
145
2
5. Guatemala
Elected
142
2
6. Uruguay
Elected
141
3
7. Cuba
Elected
135
3
8. Ecuador
Elected
128
1
9. Nicaragua
Not elected
119
10. Venezuela
Not elected
101
Western European and Other States: 7 Seats; 9 candidates
1. Germany
Elected
154
3
2. France
Elected
150
2
3. United Kingdom
Elected
148
2
4. Switzerland
Elected
140
3
5. Netherlands
Elected
137
1
6. Finland
Elected
133
1
7. Canada
Elected
130
3
8. Portugal
Not elected
122
9. Greece
Not elected
117


 
 Ci-joint les séquences vidéo de l’ONU relatives à ces élections :

09 May 06

1- General Assembly : Election of 47 members of the Human Rights Council.

- Webcast : Archived Video - English : PM Session 2 Results 27 minutes.

- Webcast : Archived Video - Original Language : PM Session 27 minutes.

2 - General Assembly : Election of 47 members of the Human Rights Council.

- Webcast : Archived Video - English : PM Session Results 12 minutes.

- Webcast : Archived Video - Original Language : PM Session Results 12 minutes.

3 - General Assembly : Election of 47 members of the Human Rights Council.

- Webcast : Archived Video - English : PM Session 12 minutes.

- Webcast : Archived Video - Original Language : PM Session 12 minutes.

Astrubal, le vendredi 12 mai 2006
astrubal.nawaat.org
www.nawaat.org




Annexe:

Nations
Unies
A/RES/60/251
Assemblée générale
Distr. générale
3
avril 2006
Soixantième session
Points
46 et 120 de l’ordre du jour
Résolution adoptée par l’Assemblée
générale
[sans renvoi à une grande commission (A/60/L.48)]
60/251.
Conseil des droits de l’homme
L’Assemblée
générale
,
Réaffirmant les buts et les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies et notamment ceux tendant à instaurer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et à réaliser la coopération internationale pour résoudre les problèmes internationaux d’ordre économique, social, culturel ou humanitaire et pour développer et encourager le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous,
 
Réaffirmant également la Déclaration universelle des droits de l’homme [Résolution 217 A (III)] et la Déclaration et le Programme d’action de Vienne [A/CONF.157/24 (Part I), chap. III], et rappelant le Pacte international relatif aux droits civils et politiques [Voir résolution 2200 A (XXI), annexe] , le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels3 et les autres instruments relatifs aux droits de l’homme,
 
Réaffirmant en outre que tous les droits de l’homme sont universels, indivisibles, indissociables et interdépendants et se renforcent mutuellement, que tous les droits de l’homme doivent être considérés comme d’égale importance, et qu’il faut se garder de les hiérarchiser ou d’en privilégier certains,
 
Réaffirmant que, s’il convient de garder à l’esprit l’importance des particularités nationales et régionales et de la diversité des contextes historiques, culturels et religieux, tous les États, quels que soient leur régime politique, leur système économique et leur héritage culturel, n’en ont pas moins le devoir de promouvoir et défendre tous les droits de l’homme et toutes les libertés fondamentales,
 
Soulignant qu’il incombe à tous les États, en vertu de la Charte, de respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales de tous, sans aucune distinction fondée sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion, les opinions politiques ou autres, l’origine nationale ou sociale, les biens, la naissance ou d’autres considérations,
 
Considérant que la paix et la sécurité, le développement et les droits de l’homme constituent le socle sur lequel reposent le système des Nations Unies et les fondements de la sécurité et du bien-être collectifs, et sachant que le développement, la paix et la sécurité et les droits de l’homme sont inséparables et se renforcent mutuellement,
 
Affirmant que tous les États doivent poursuivre les efforts menés au niveau international pour approfondir le dialogue et favoriser une meilleure entente entre les civilisations, les cultures et les religions, et soulignant que les États, les organisations régionales, les organisations non gouvernementales, les organismes religieux et les médias ont un rôle important à jouer dans la promotion de la tolérance, du respect des religions et des convictions et de la liberté de religion et de conviction,
 
Consciente de l’oeuvre accomplie par la Commission des droits de l’homme et de la nécessité de préserver et consolider ses acquis et de remédier à ses carences,
Consciente également qu’il importe d’assurer l’universalité, l’objectivité et la non-sélectivité de l’examen des questions relatives aux droits de l’homme et de mettre fin à la pratique du deux poids deux mesures et à toute politisation,
Consciente en outre que la promotion et la défense des droits de l’homme doivent être fondées sur les principes de la coopération et du dialogue authentique et tendre à renforcer l’aptitude des États Membres à s’acquitter des obligations qui leur incombent en matière de droits de l’homme dans l’intérêt de tous les êtres humains,
Reconnaissant que les organisations non gouvernementales jouent un rôle important aux niveaux national, régional et international dans la promotion et la défense des droits de l’homme,
 
Réaffirmant l’engagement pris de renforcer le dispositif des Nations Unies pour les droits de l’homme, en vue d’assurer l’exercice effectif et universel de tous les droits de l’homme, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, y compris le droit au développement, et, dans ce sens, sa décision de créer un conseil des droits de l’homme,
1. Décide d’instituer le Conseil des droits de l’homme, siégeant à Genève en remplacement de la Commission des droits de l’homme, en tant qu’organe subsidiaire de l’Assemblée générale, cette dernière devant réexaminer le statut du Conseil d’ici cinq ans ;
 
2. Décide que le Conseil sera chargé de promouvoir le respect universel et la défense de tous les droits de l’homme et de toutes les libertés fondamentales, pour tous, sans aucune sorte de distinction et de façon juste et équitable ;
 
3. Décide également que le Conseil examinera les violations des droits de l’homme, notamment lorsque celles-ci sont flagrantes et systématiques, et fera des recommandations à leur sujet ; il s’emploiera à ce que les activités du système des Nations Unies relatives aux droits de l’homme soient coordonnées et à ce que la question des droits de l’homme soit prise en compte systématiquement par tous les organismes du système ;
 
4. Décide en outre que, dans ses activités, le Conseil se référera aux principes d’universalité, d’impartialité, d’objectivité et de non-sélectivité, du dialogue et de la coopération constructifs à l’échelle internationale de façon à favoriser la promotion et la défense de tous les droits de l’homme ? civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, y compris le droit au développement ;
 
5. Décide que le Conseil aura pour vocation, notamment :
a) De promouvoir l’éducation et la formation dans le domaine des droits de l’homme, ainsi que les services consultatifs, l’assistance technique et le renforcement des capacités qui seront apportés en consultation et en accord avec les États Membres concernés ;
b) D’être un lieu du dialogue sur les questions thématiques relatives à tous les droits de l’homme ;
c) De faire à l’Assemblée générale des recommandations afin de continuer à développer le droit international dans le domaine des droits de l’homme ;
d) D’encourager le respect intégral des obligations souscrites par les États dans le domaine des droits de l’homme et la réalisation des objectifs fixés et le respect des engagements relatifs à la promotion et la défense des droits de l’homme issus des conférences et réunions au sommet des Nations Unies ;
e) De procéder à un examen périodique universel, sur la foi d’informations objectives et fiables, du respect par chaque État de ses obligations et engagements en matière de droits de l’homme de façon à garantir l’universalité de son action et l’égalité de traitement de tous les États ; se voulant une entreprise de coopération fondée sur un dialogue auquel le pays concerné est pleinement associé et qui tient compte des besoins de ce dernier en termes de renforcement de ses capacités, cet examen viendra compléter l’oeuvre des organes conventionnels sans faire double emploi ; le Conseil décidera des modalités de l’examen périodique universel et du temps qu’il sera nécessaire de lui consacrer dans l’année qui suivra la tenue de sa première session ;
f) De concourir, à la faveur du dialogue et de la coopération, à prévenir les violations des droits de l’homme et d’intervenir promptement en cas d’urgence dans le domaine des droits de l’homme ;
g) D’assumer le rôle et les responsabilités de la Commission des droits de l’homme vis-à-vis des activités du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, comme l’a décidé l’Assemblée générale dans sa résolution 48/141 du 20 décembre 1993 ;
h) D’oeuvrer en étroite coopération avec les gouvernements, les organisations régionales, les organismes nationaux de défense des droits de l’homme et la société civile dans le domaine des droits de l’homme ;
i) De formuler des recommandations au sujet de la promotion et de la défense des droits de l’homme ;
j) De présenter un rapport annuel à