“L’art qui ne soulève pas de polémique demeure sans saveur”

 
Lu aujourd’hui sur les colonnes du Temps un article de Hachemi GHACHEM sous le titre “Les arts plastiques s’emmêlent les pinceaux”. En voici un un extrait :

[...] Après la disparition récente de l’un de leur dernier représentant, (Zoubeïr Turki), les peintres de l’Ecole de Tunis, demeurent les plus cotés sur un marché plutôt cloisonné. Car, il ne faut pas nous leurrer : aucun peintre, à mes connaissances ne dépasse les frontières du pays.

Pourquoi cette mainmise de l’Ecole de Tunis sur le marché de l’art tunisien et pourquoi notre peinture reste-t-elle confinée à l’intérieur de nos frontières ?

Malgré l’absence de lien apparent entre ces deux questions, leurs origines sont, en profondeur, les mêmes.
L’Ecole de Tunis s’est imposée par sa prise en main du pouvoir politique de l’époque et s’est rapidement érigée en rempart contre toute forme d’expression « étrangère » ou toute tentative d’insertion qui pouvait nuire à son image et à sa propre perception de l’avenir artistique et culturel du pays.

Cette honorable institution avait pour mission de doter le jeune Etat tunisien de ce qui lui faisait atrocement défaut pour la construction de son identité : un éventail ou une « banque » d’images.
Tâche énorme ; les gains aussi !

 Le résultat, même s’il peut soulever des fois une légère polémique, est loin de pouvoir casser des briques.
Attention, il y eut parmi les membres de cette école, des artistes remarquables mais la démarche, l’approche et le traitement frisent généralement le folklorique ou alors nous avons un produit platement touristique.

Au fil du temps, l’Ecole de Tunis s’avéra ne plus être une institution au service de l’administration de la culture mais elle se métamorphose elle-même, en un pan inébranlable de cette administration.

C’est ce qui explique sûrement la durée de l’Ecole de Tunis dans le temps et par la même explication le peu d’intérêt que le marché de l’Art européen (par exemple), porte à ses œuvres parce que dans les pays du nord, la peinture, la poésie etc…, se font en dehors, des pesanteurs administratives et institutionnelles.

Alors les images d’une Tunisie où les femmes n’ont rien d’autre à faire tout au long de leurs journées, que de se maquiller les yeux au « khol », se larguer au hammam, se « tatouer » au harkous, etc… ne peut intéresser (et encore !) que les gens du pays. Aucune réelle problématique ne peut être soulevée par ces images, édulcorées et l’art qui ne soulève pas de polémique demeure sans saveur [...]

Source : http://www.letemps.com.tn/pop_article.php?ID_art=35374

 

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